Lorsque vous devez prendre une décision concernant votre santé reproductive, il n’est pas toujours évident de savoir quelle option choisir.
C’est particulièrement vrai lorsque vous devez envisager l’option de mener la grossesse à terme ou d’y mettre fin. Tout le monde a le droit d’accéder à un avortement sûr et à des informations exactes et véridiques. Les mythes et les fausses informations concernant l’avortement sont courants en raison de nombreuses années de stigmatisation, mais c'est particulièrement difficile lorsque ce genre de jugement vient des personnes que vous aimez.
Comment se manifeste la stigmatisation de l’avortement de la part d’un proche ?
La stigmatisation de l’avortement peut impliquer des croyances négatives, des jugements, des stéréotypes ou des réactions à l’égard d’une personne parce qu’elle a subi un avortement, qu’elle envisage d’en subir un ou qu’elle est associée à l’avortement (1).
La stigmatisation liée à l’avortement de la part du partenaire
De la part du partenaire, la stigmatisation liée à l’avortement peut se manifester sous forme de désaccord et de jugement pouvant découler d’un manque d’information ou de préjugés à l’encontre de la santé reproductive et des droits des femmes.
Les raisons peuvent aller de la simple ignorance à une forme de contrôle exercé sur l’autre personne, et les désaccords peuvent déboucher sur des violences conjugales (ou violences entre partenaires intimes - VPI).
La stigmatisation de l’avortement de la part de la famille ou des amis
La famille et les amis peuvent également être une source de souffrance pour la personne qui avorte s’ils propagent la stigmatisation de l’avortement. Cela ne signifie pas que tout le monde doive être d’accord avec vous ou avec votre décision à 100 %, mais même si une personne n’est pas d’accord avec la décision de quelqu’un d’interrompre sa grossesse, elle devrait tout de même la traiter avec dignité et respect.
Pourquoi la stigmatisation de l’avortement par un être cher peut-elle être si douloureuse ?
Lorsque vous traversez un événement important dans votre vie, il est normal de vouloir le partager avec quelqu’un que vous aimez et en qui vous avez confiance.
Une revue systématique sur la stigmatisation de l’avortement a montré que les femmes ayant subi un avortement éprouvent une crainte du jugement social, un sentiment de culpabilité et le besoin de garder le secret. Ce secret a été associé à un plus grand mal-être psychologique et à un isolement social accru. Certaines études ont mis en évidence des attitudes stigmatisantes au sein du grand public (2). Les femmes éprouvent déjà beaucoup de souffrance face au regard du public et de la société. Ainsi, lorsque vous vous confiez à vos proches et qu’ils réagissent de manière si négative et critique, il est difficile de ne pas avoir l’impression d’être seule au monde et que personne n’est capable de vous comprendre ou de vous aider.
Lorsque vous ne pouvez pas faire confiance à votre entourage, mais que vous avez néanmoins besoin d’aide, un problème se pose. C’est ce qu’on appelle la « divulgation non désirée d’un avortement », et cela peut avoir un impact considérable sur la personne qui a subi un avortement. La divulgation non désirée de l’avortement et le fait d’impliquer une personne qui ne soutient pas cette décision ont été associés à davantage de symptômes de dépression, d’anxiété et de stress (3).
Pourquoi un proche pourrait-il réagir négativement à votre avortement ?
Selon l’OMS, il existe quatre raisons principales pour lesquelles une personne peut stigmatiser un proche pour avoir subi un avortement. Tout d’abord, cela est lié aux connotations religieuses négatives attribuées à l’avortement. Certaines personnes peuvent croire que l’avortement est un péché, car elles le considèrent comme le fait de « ôter la vie ». Deuxièmement, la loi : certains pays ou États peuvent avoir des lois sur l’avortement extrêmement restrictives ou qui le pénalisent ouvertement, ce qui conduit certaines personnes à considérer l’avortement comme un acte illégal. D’autres raisons sont liées à des normes culturelles et de genre toxiques qui qualifient les personnes ayant avorté de « marquées », « impures » ou « abîmées » (4).
Comment parler à quelqu’un qui juge votre avortement ?
Bien sûr, aborder le sujet est un processus très compliqué, et il n’existe pas de formule unique valable pour tout le monde. Il y a certaines choses que vous devez savoir si vous n’êtes pas certaine que votre famille ou votre partenaire accepte votre décision d’avorter. Voici quelques pistes de discussion pour vous aider à traverser cette situation. Cependant, n’oubliez pas ceci : vous n’avez pas à convaincre qui que ce soit d’accepter votre décision à 100 % ; comme il s’agit de vos proches, vous voulez simplement qu’ils soient au courant de votre décision, qu’ils soient d’accord ou non.
Déterminez si cette conversation vous met en confiance
Vous n’êtes pas obligée de partager cette information avec chacun de vos amis ou de vos proches. Essayez de déterminer en qui vous pouvez avoir confiance en vous remémorant vos conversations passées. Cette personne semble accorder de l’importance à votre santé et à votre bien-être ? Vous avez pu, par le passé, exprimer vos opinions et vos sentiments sans être insultée ou rabaissée ? Vous avez déjà pu avoir des désaccords respectueux sur des sujets qui vous tiennent à cœur ? Ce ne sont là que quelques indices qui vous aideront à identifier une personne qui, même si elle n’est pas d’accord avec vous, se soucie néanmoins de votre bien-être et de votre bonheur.
Expliquez de quel type de soutien vous avez besoin
Parfois, vos proches ne savent pas toujours ce que vous voulez ou ce dont vous avez besoin. Il n’y a absolument aucun mal à leur dire de quel type de soutien vous avez besoin et comment vous souhaitez qu’ils vous aiment et prennent soin de vous. N’oubliez pas qu’il est tout à fait normal de demander de l’aide si vous en avez besoin. Les êtres humains dépendent les uns des autres, et la communauté est d’une importance vitale, en particulier pour une personne qui décide de recourir à l’avortement, une procédure qui fait l’objet d’une telle stigmatisation. Vous n'avez jamais à traverser cela toute seule.
Si votre proche est quelqu’un qui stigmatise l’avortement, vous pouvez vous adresser à lui ou à elle en lui disant par exemple :
« Je sais que tu as peut-être des opinions différentes sur mon avortement, mais en ce moment, j’ai besoin que tu m’écoutes. »
Ou
« Cela n’a pas été une décision facile pour moi, mais je l’ai prise et tu dois la respecter. Maintenant, j’ai besoin d’aller à la clinique ou à la pharmacie, tu pourrais m’y emmener s’il te plaît ? »
Fixez des limites claires face aux remarques blessantes
Nous en arrivons à la partie importante : fixer des limites. Comme mentionné précédemment, bien sûr, tout le monde n’est pas obligé d’être d’accord avec vos idées, mais les personnes qui se soucient réellement de votre santé et de votre bien-être peuvent tout de même se montrer respectueuses et bienveillantes à votre égard.
Si vos proches vous font honte, vous jugent ou vous font sentir inférieure à plusieurs reprises à cause de votre décision d’avorter, vous n’êtes pas obligée de rester là et de supporter cela. Faites-leur clairement savoir quelles sont vos limites. Ils n’ont pas le droit de vous empêcher de prendre des décisions concernant votre vie, surtout une décision aussi importante que celle-ci. Interrompez-les immédiatement s’ils commencent à faire des remarques qui vous font vous sentir encore plus mal par rapport à votre situation ou à votre décision. Décidez de mettre fin à la conversation si elle ne mène nulle part et demandez conseil à une autre personne qui pourra vous aider à surmonter cette épreuve.
Que faire lorsque la stigmatisation liée à l’avortement se transforme en pression ou en violence psychologique ?
La contrainte reproductive est reconnue comme une forme de violence conjugale (5).
La contrainte reproductive implique des tentatives visant à saboter ou à empêcher la contraception, le refus d’utiliser des moyens de protection ou l’exposition intentionnelle du partenaire à des infections sexuellement transmissibles (IST) ou au VIH. Dans le contexte de l’avortement, une personne peut contrôler l’issue d’une grossesse en forçant la personne enceinte à mener la grossesse à terme, à avorter ou en lui causant un préjudice susceptible d’avoir un impact négatif sur la grossesse (5).
Dans de tels cas, vous devez immédiatement cesser toute communication et tout contact avec cette personne et demander de l’aide ; que ce soit en vous tournant vers un proche, un membre de votre famille ou un ami chez qui vous pourriez rester, ou en vous adressant à une association ou à un centre susceptible de vous aider.
Comment gérer la réaction négative d’un proche face à votre avortement ?
Comprenez que tout le monde ne peut pas être d’accord avec vos décisions ni les accepter.
En même temps, gardez bien à l’esprit qu’au final, VOUS SEULE avez le droit de décider de ce qu’il en est de votre santé reproductive et de vos droits sexuels. Vous ne devez rien à personne. Vous avez pris une décision que vous considérez comme la meilleure pour vous.
La stigmatisation de l’avortement ne sert personne. Elle ne fait que pousser les personnes à agir en secret et à recourir à des avortements à risque, ce qui peut entraîner de graves conséquences pour la santé.
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