Le rôle des écoles dans l’apport d’information sur l’avortement

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Par Pauline Diaz (Traduction par safe2choose)

Partout dans le monde, des jeunes filles enceintes sont interdites d’école

En juin 2017, le président tanzanien John Magufuli a créé une onde de choc dans la sphère du développement international en déclarant : « Tant que je serai président … aucune élève enceinte ne sera autorisée à retourner à l’école … Après être tombée enceinte, vous avez terminé. » La raison principale était que cela distrairait la classe et inciterait d’autres filles à faire de même. Bien que choquant, il ne faisait que renforcer une loi archaïque datant des années 1960 et autorisant les écoles à interdire les filles enceintes. Selon un rapport du Center of Reproductive Rights, plus de 55 000 filles ont été renvoyées de l’école depuis lors, alimentant ainsi le cercle sans fin de la pauvreté. Cependant, la Tanzanie n’est pas le seul pays à faire obstacle à l’éducation des jeunes filles enceintes. Le ministre de l’Éducation de la Sierra Leone a également décidé en 2015 d’interdire à l’école les filles « visiblement enceintes ». Le Burundi a même aussi interdit l’accès à l’école pour les pères adolescents en juin 2018 ; et il existe d’innombrables événements similaires à travers le monde.

Ce type d’incidents à tendance à se produire davantage dans des contextes où il y a de nombreuses restrictions légales et où l’accès à l’éducation sexuelle, à la contraception et à l’avortement est limité. Nous ne devrions jamais punir les jeunes en les privant de leur éducation parce qu’il·elle·s sont tombé·e·s enceintes ; au lieu de cela, nous devrions leur fournir les informations et les services appropriés pour qu’ il·elle·s puissent faire des choix en toute sécurité. Il est bien connu que l’éducation sexuelle fondée uniquement sur l’abstinence est une solution inefficace, et nous devrions tou·te·s voir et accepter la vérité : les jeunes ont des relations sexuelles, les jeunes vont tomber enceintes, volontairement ou accidentellement, et les jeunes doivent avoir accès à des options sûres.

Parler d’avortement à l’école

Nous savons tou·te·s que l’information c’est le pouvoir, mais l’avortement est tellement stigmatisé que les gens essaient souvent de ne pas en parler, en espérant que cela cessera de se produire si personne ne l’évoque. Toutefois, l’avortement existe depuis la nuit des temps et constitue l’une des procédures médicales les plus courantes à ce jour : une femme sur trois subira un avortement au cours de sa vie. Nous devons donner à nos enfants tous les outils dont il·elle·s ont besoin pour explorer leur sexualite en toute sécurité. L’école est le lieu où les élèves commencent à façonner leur propre identité et leur opinion sur de nombreux sujets – souvent différents de ceux de leurs parents – et le système éducatif se doit de leur fournir des informations scientifiques et non moralisatrices ainsi qu’un espace sûr pour aborder ces questions.

Il peut être difficile pour les adultes d’aborder le sujet de manière impartiale, c’est pourquoi de nombreuses organisations ont créé des outils très intéressants pour aider les formateurs. International Planned Parenthood Federation, par exemple, a créé le guide suivant, que safe2choose et HowToUse utilisent régulièrement dans leur événements sur le terrain avec les professionnels de la santé et les étudiants en médecine.

Quand l’avortement n’est même pas enseigné dans les facultés de médecine

Malheureusement, il est compliqué d’espérer que les écoles ordinaires abordent le sujet de l’avortement avec les jeunes si les écoles de médecine elles-mêmes évitent de l’enseigner aux futurs prestataires de soins. En effet, dans de nombreuses facultés de médecine, la stigmatisation liée à l’avortement est si grande que son apprentissage n’est que facultatif, même si l’avortement est souvent une procédure qui sauve des vies . Alors, comment pouvons-nous résoudre ce problème ? Après avoir réalisé que de nombreux pays n’offraient pas de cours d’avortement obligatoire à la faculté de médecine, notre cher partenaire HowToUseAbortionPill a décidé de créer ses propres leçons gratuites en ligne. Le cours comprend six vidéos permettant aux étudiants en médecine et aux pharmaciens d’apprendre rapidement et simplement comment gérer l’avortement médicamenteux avec pilule. En 2018, ces vidéos ont été vues 2967 fois prouvant la nécessité de diffuser ce type d’information. safe2choose et HowToUse collaborent souvent sur le terrain pour dispenser des formations aux professionnels médicaux et promouvoir leur outil en ligne.

Partager nos ressources

En général, parce qu’elle est entourée de stigmates et de mythes dangereux, l’éducation sexuelle n’est pas un sujet facile à enseigner objectivement – alors imaginer parler d’avortement! Les éducateurs doivent souvent commencer par déconstruire leurs propres préjugés profondément enracinés et s’entourer de recherches scientifiques. De plus, l’avortement est souvent trop sensible pour être abordé de plein front et les formateurs doivent faire preuve de créativité pour trouver d’autres moyens d’en parler, généralement en développant l’empathie de leurs interlocuteurs.

Le partage de ressources et d’idées peut être une excellente solution pour améliorer l’accès aux informations sur l’avortement. Quel genre de conseil donneriez-vous et comment enseigneriez-vous ce sujet ? Nous aimerions connaître votre expérience dans votre pays et vos idées sur la manière de parler de l’avortement dans les écoles. Partagez votre histoire, vos liens, votre organisation, etc. avec nous et visitez https://safe2choose.org/category/voices/

Nous voulons entendre parler de vous. Rassemblons nos forces pendant le Mois international de la femme et luttons contre la stigmatisation de l’avortement afin que les femmes du monde entier puissent décider de leur corps. #ReproMyChoice

Ressources:

https://www.theguardian.com/global-development/2017/jun/30/tanzania-president-ban-pregnant-girls-from-school-john-magufuli
https://www.npr.org/sections/goatsandsoda/2015/04/06/397272538/visibly-pregnant-girls-are-banned-from-school-in-sierra-leone
https://www.globalcitizen.org/en/content/burundi-pregnant-adolescent-girls-school-ban/
https://www.washingtonpost.com/news/posteverything/wp/2017/08/21/abstinence-only-education-doesnt-work-were-still-funding-it/?noredirect=on&utm_term=.02ceede1a7ec
http://www.1in3campaign.org/